vendredi 27. mars 2026
Nexus - NewsLetter du 24 mars 2026
Le printemps avait pris vie avec force. Tel un inespéré souffle qui balaya un sombre et interminable hiver, qui nous extirpa in extremis de l’hypoxie. Ma ville retrouvait ses champs verdoyants. Lors d’un instant, une illusion prenait pied, celle de voir l’étouffant bitume, l’imposant béton et l’oppressante concentration s’effacer face à une aérienne et omniprésente symphonie du Vivant, un précieux présent livré.
C’est lové à ce calme et cette légèreté que je naviguais sur les artères, sur les veinules qui irrigue Blois: la rue Denis Papin, la rue du commerce, la place Louis XII, puis les plus dissimulés, la rue des Juifs, la tour du Foix, la tour Beauvoir et le jardin des Simples.
Le rendez-vous au service de l’Etat Civil de la mairie était fixé à 15h. Il était la première action concrète à, ce qui n’était jusqu’alors q’une volonté profonde, mon changement de nom. Un acte symbolique fort, radical, longuement réfléchie, un appel de l’âme à regagner mes racines Arméniennes. Dès ce moment, le processus sera enclenché, sans possibilité de rétro-pédalage.

Complètement délesté de toute tension, par l’effet d’un jour de congé finement posé, l’ombre des préoccupations professionnelles, si éloignée, s’était totalement volatilisée de mon esprit. La conscience libre, sereine, couplé à l’errance volontaire me plongèrent inéluctablement en ce savoureux moment particulier, singulier, presque suspendu.
Me laissant guider par la spontanéité, je me retrouve à notre majestueuse Bibliothèque Abbé-Grégoire, où ma volonté initiale fut de retrouver ma routine bien ancrée, de rejoindre les étages afin de flâner sur les allées de cette inégalable antre culturelle. Avant même de fouler un quelconque escalier, Jonathan, un ami qui gère la sécurité sur place, m’attire dans une discussion banale et chaleureuse dont nous avons l’habitude. Mais, sans le savoir, au détour de cette conversation, il lâcha un lapin identique à celui d’Alice que je ne cesserais de suivre en cette après-midi. Une petite exposition, nommée Tout doit disparaître, était installée juste dans le prolongement du hall. Et là, dès le premier coup d’oeil sur les affiches, première claque : Je suis saisis par le concept unique que propose son auteur. Dominique Hermier, un artiste-designer qui a installé son atelier en centre-ville (rue Saint-Honoré), créateur de IKEX la galerie d’objets décalés comme satire à la fameuse enseigne suédoise, avait donné vie à une troublante agence immobilière fictive, l’Agence No Futur.
Les murs de la petite galerie improvisée étaient tapissés de ses annonces immobilières atypiques. Des structures à l’abandon ou dévastées mis en avant par un jargon professionnel qui faisaient naître le rire et l’amertume. A travers le ton décalé et provoquant, un message fort était porté. Celui de notre rapport à la densification, à la désertification, au déni, au centres-villes mourants, à la biodiversité, à notre futur.

Il me restait encore une heure avant de remonter à la mairie. L’envie émergea en une attraction puissante et subtile, presque éthérée, de me perdre dans les murs historiques de notre monumental château. Ici, une précision doit être apportée. J’ai toujours vécu à Blois et ses alentours proches. En quarante ans, j’ai tellement arpenté les châteaux de Blois et Chambord que je connais leurs moindres espaces par cœur. Ces imposants bâtiments m’ont vu grandir. Pourtant, chaque retrouvaille avec ces lieux renferme sa force et sa magie.
Même si je garde un certain intérêt pour François Ier et l’architecture qu’il incarna, l’histoire académique servie aux déversées de touristes n’a jamais réellement attisé ma curiosité. Ma relation avec les entrailles de ces constructions est plus organique, plus intuitive, plus simple. Malgré mon insolente familiarité avec ces couloirs, ces escaliers, ces pièces de vie, opérant comme vecteur imaginal, je me laisse sans cesse happer par ces lieux, jusqu’à entièrement me fondre en eux. De là, le vagabondage devient un travail alchimique, une danse de l’âme guidée par la charge ancestrale de leurs pierres devenues entité. Chaque pas supplémentaire engagé dans ce labyrinthe irréel nous propulse en un fin moment présent, nous coupe de tout extérieur et nous dépouille, une à une, de nos innombrables armures tissées. Lors d’un instant, se voir tel un spectre déambulant, un esprit traversant des galeries toujours plus somptueuses, des mondes à jamais espérés.
Les tapisseries, les sculptures, le mobilier royal, et tout ce qui peuple ces espaces, dépassent la simple matérialité. Ils sont des miroirs qui saisissent et brisent toute illusion de libre-arbitre. Par leurs reflets, les pensées, emportées par le flot de l’atmosphére ouateux, s’échouent sur les omniprésents symboles laissés à demi-dévoilés, sur la grandeur des œuvres et leur immortalité, ou sur les tragédies, les émotions et la vie, pour toujours, imprimés dans la pierre. Laissant l’effroi de voir le passage, l’éphémère et l’immuable cohabiter en une même dimension. C’est la salle des Etats Généraux, clef de voûte de ce chemin initiatique, qui, face à sa majesté, sa mystique et son inégalable subtilité, nous connecte avec force à ce que nous ne pouvons que pressentir et imaginer, une impalpable transcendance, une impérieuse invitation à la modestie, au silence et à la contemplation, une furtive étreinte d’un inaccessible art céleste.
Il était l’heure, et de ces envoûtants courants qui me berçaient je devais m’en arracher pour me rendre à la mairie.

Quiconque aura eu la chance de franchir les portes de notre mairie sait à quel point l’accueil y est exceptionnel, empli de calme et de bienveillance. Chacun de mes passages en cet îlot de quiétude me renvois systématiquement à des précieux et cotonneux souvenirs vécus dans ma ville. Comme si, à l’opposé des administrations froides et bornées, elle incarnait un nœud important de l’essence qu’est Blois. Alors que l’on m’invite à prendre place au service de l’Etat Civil, je suis submergé par un spectacle que peu verrons, et que l’on me permettait de contempler. En réalité ce qui se dressait devant moi n’était nullement des bureaux mais des galeries d’orfèvreries qui résistèrent au temps. De massives pierres apparentes, de splendides voûtes romanes, de grandes dalles au sol et de sublimes peintures écaillés couleurs pastelles partout au plafond et sur certains murs. Les bureaux de notre mairie, et je l’ai appris à ce moment précis, prenaient pied en un ancien couvant.
C’est dans cette bulle déliée de toute nocuité extérieure, suspendu dans le temps, que la personne en charge de mon dossier, face moi, engagea un inégalable dialogue tissé de douceur et d’écoute sincère. Son attitude n’était pas celle d’un robot appliquant impassiblement une procédure, mais celle d’une vraie humaine avec une volonté profonde de connaitre, plus que les simples raisons de ma démarche, mon histoire. Avec toute la plus délicate prévenance du monde, elle m’exposait le déroulé de toutes les étapes administratives qui m’attendait, toutes ses conséquences lourdes et toute l’énergie folle que je m’engageais à fournir pour effectuer ce changement dans tous les dédales bureaucratiques.
Ses mots ne résonnaient pas comme une mise en garde, mais comme une nécessité, à rappeler avec empathie ce qui s’imposait, et, surtout, ce qu’elle incarnait, un guide précieux qui sera présent à mes cotés pour initier ce long parcours. Ai-je vraiment envisagé et anticipé toutes les retombés ? Que dois-je faire maintenant et après ? Quels sont les angles morts et erreurs à penser et éviter ? Un acte grave, brutal qui s’impose mais qui renferme de considérables implications, institutionnelles et psychologiques. Devant ce colosse qui patiemment m’attendait, je me sentait non-plus esseulé, mais épaulé, porté par un appui inestimable, une humanité rare qui faisait chaud au cœur.

Au creux de mon cœur, ainsi que sur ces quelques premiers papiers, je gardais, dès ce moment, cette transmutation initié comme une sensation particulière, de paix et d’alignement profond. Dans la cour de la mairie, je prend un instant pour saisir l’air, et me laisser conduire par le chant des oiseaux vers nos Jardins de Babylone (les Jardins de l’Eveché). Là, une envie se cristallisa avec force au centre de mes synapses, visiter La Fondation du Doute avant de regagner la gare et débuter mon long Week-End.
La dernière fois que j’ai exploré ces lieux c’était il y a dix ans, lors du passage de Thierry CROUZET à Blois pour une conférence. L’hexagone était lové à une fièvre démocratique, un mouvement naissant, nommée Nuit Debout. Alors en pleine écriture de Resistants, Thierry, autour d’un café, me confiait ses pensées, ses doutes et ses utopies. A travers les courants de cette délicieuse et stimulante conversation, plusieurs sujets émergeaient, Nuit Debout bien sûr, le Dividende Universel, ses souvenirs personnels avec Blois, l’écriture et l’art en général.
Quittant le Bar de la Fontaine, je l’accompagnais au bâtiment de Ben, qu’il voulait absolument visiter. Ce n’est que quelques jours plus tard, qu’à mon tour, je redonnais sa chance à cet espace gorgé d’excentricités que je jugeais toujours, primitivement, de mauvais gout. Et me promettant de ne plus y repasser.
Poussé par le vent de cette après-midi spéciale, avec la maturité d’une décennie, je franchissais, une fois de plus, les portes de la Fondation avec une plus grande ouverture d’esprit et un regard élargie.
Pourtant, quelque chose persistait, un omniprésent sentiment désagréable. Ce qui restait dérangeant dans le FLUXUS, c’est sa nature et ce qu’il produit. L’art de l’anti-art. Un non-art, dénué de toute quête de sublime et de transcendance, qui, par le simple détournement d’objets du quotidien, tente uniquement de faire naître des concepts, souvent forts, quelque fois fumeux.

Cet antre de l’abstraction se découpe en deux parties distinctes. Un bâtiment principal où se trouve, étalée sur deux étages, l’exposition permanente. Et une modeste construction en bois, posée au centre de la cour, renfermant l’exposition temporaire. C’est par cette dernière que commença mon excursion. Les créations occupant ce dédale s’accordaient autour du thème défini : Le masque. Elles constituaient une galerie qui ne laisse pas indifférent et indemne. Même si elles délivraient des messages capitaux sur nos différentes mascarades sociétaires et individuelles, leurs mise-en-scènes me laissaient un gout amer, presque acide. Une corrosion qui attaque la curiosité, l’intérêt et l’analyse.
Contrairement aux musées, aux châteaux où je peux rester des heures, happé, à contempler des peintures, des sculptures porter le symbolique et le sublime, il m’est impossible de m’accrocher aux petites bulles du FLUXUS sans en ressentir une gêne, car ces jeux de contournement se trouvent naturellement amputés d’esthétisme, d’élégance ou de beauté, laissant comme fondement, nûment exposé, le désordre, les idées et la performance.

Dès lors, le lecteur attentif l’aura compris, j’ai toujours été insensible à l’art contemporain. Comment, dans un homard gonflable, ne pas voir autre chose que du vent ? Et là, surement à juste titre, certains attachés à cet entre-soi me qualifieront, avec toute la morgue qui s’impose, de populiste, d’inculte, de terroriste intellectuel incapable d’appréhender les strates de l’happening et du plastique made in China. Pourtant, malgré cette supposée carence de lucidité, je peux constater l’imposture, je peux voir les lunaires interprétations tirées par les cheveux permettant de légitimer le grand n’importe quoi et le vide qui l’accompagne.
Arrivé dans le bâtiment de l’exposition permanente quelque chose me choqua. Rien, strictement rien, en dix ans, n’avait changé ! Je retrouvais exactement les mêmes objets qui n’avaient pas bougé d’un millimètre, la poussière en plus.
Alors, sans surprise possible, je naviguais dans ce havre d’excentricité avec l’envie de braver cette lutte intérieur que m’astreignait ce labyrinthe artistique. Pour ça, je me servis de cet avantage, de connaissance des lieux, pour essayer de m’imposer ce référentiel en ne me focalisant uniquement sur les œuvres qui m’ont toujours le plus parlé et effectuer un travail avec elles.

Au fur et à mesure, j’acceptais leur essence, celle de la démarche artistique. Des idées, une topologie, des messages, des dérivations courbés à l’extrême, poussés jusqu’à dissoudre tout repères communs, jusqu’au ridicule, au vertige et à la disruption. Elles opérèrent comme de troublants miroirs, poussant à la réflexion et à de nouvelles idées.
Le FLUXUS initia en moi un premier intérêt. Au delà de sa carence de beauté (au sens ou je l’entend), de ses provocations, j’acceptais de voir son mouvement, sa légèreté, son potentiel stimulant, son autodérision et son style si particulier.
Peut-être que, au moins partiellement, le FLUXUS me réconcilia avec ce monde artistique qui m’a toujours déplu, comme une exception, un courant que je pourrais intégrer à mon quotidien, et m’y replonger

C’est sur cette note d’acceptation et de légèreté que je délaissait ce lapin d’Alice, pour prendre mon train et embrasser l’agréable Week-End qui me tendait les bras. Avec dans la tête et le cœur l’empreinte de cette journée: le changement, le détachement et la fluidité. Une petite et humble transmutation.
“Une oeuvre d’art n’est lisible que par approfondissements successifs.”
Friedrich Nietzsche

mercredi 28. janvier 2026
Nexus - NewsLetter du 26 Octobre 2025
“Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière.” Charles Baudelaire
Il est des courants qui bercent le vivant, omniprésents et insaisissables, ils soufflent sur chaque âme afin d’animer et modeler l’existant. Cet océan aux étendues infinies est communément appelée Conscience. Du Tout, elle en est le contenant et le contenu.
Même si la nature de ses insondables abysses demeure, ontologiquement, à jamais inaccessible, nous pouvons scruter le reflet de ses vagues. Thérapies assistées par Psychédéliques et autres champs de Conscience élargie seront, ici, nos points d’entrée à l’ineffable Essence initiale.

Toutefois, à l’antichambre de cet arrière-monde, il nous semble impératif de réaffirmer à notre auditoire quelques évidentes intimations. L’évocation d’usage de substances psychédéliques ne pourra pas être prise pour ce qu’elle n’est pas, un quelconque encouragement à leur consommation. Mais bien une exposition sincère de leur potentialité, dans un cadre thérapeutique, médical ou traditionnel où la légalité le permet, ainsi que leur dangerosité. Par ces lignes, notre unique volonté est une entière contribution à la réduction des risques.
Commençons ce Nexus par une promotion. Celle d’un livre. Un témoignage, que nous confie Zoê HABABOU, Ayahuascarera qui traversa frénétiquement le globe depuis des années, mû par une quête alchimique qui prit forme en voyages aussi géographiques qu’interieurs. Quête de vision avec la Mère de toutes les plantes, l’Ayahuasca, chez le Chipibos, par le Peyotl et le Bufo dans un désert mexicain brûlant, sa topologie tissée de ces mondes et de leurs limbes est une précieuse lumière à toute compréhension de ces traditions et de leurs infinis labyrinthes hallucinogènes. Avec son roman Borderline, elle confiait les secrets d’une foret amazonienne luxuriante et de ses cérémonies d’Ayahuasca. Aujourd’hui, par Rencontre avec le peyotl, elle nous livre un témoignage immersif, aspirant, direct et puissant de sa première plongée dans les abysses de la Mescaline, en plein cœur des régions les plus arides de Wirikuta. Vous pouvez acquérir ce délicieux récit auto-biographique sur Amazon, ou, encore mieux, directement par son biais.
Le 21 janvier dernier, Andrew R. Gallimore publiait un article pour exposer la nature d’une expérience troublante. Celle du Code de la Réalité, communément appelée l’Effet du Laser DMT. Un glitch qui fut théorisé par Danny Goler, où le voile de la réalité se déchire pour laisser entrevoir le code de sa matrice. Oui, le code fondamental de notre réalité, ni plus ni moins. Pour ça, un faible dosage de DMT et l’emission d’un laser rouge (650nm) permettraient de percer toute illusion de notre monde en révélant son code caché. C’est ce qu’affirme certains psychonautes et ce que certifie Danny à Andrew:
“I have found a way to see the source code reliably, 100% of the time while on the molecule.”
A quoi Andrew, brillant neuroscientifique, expert mondial des effets de la DMT, répond avec prudence que, ontologiquement, une contradiction jaillit: Si l’information révélée à la surface d’un objet était perçue, elle ne pourrait pas se transporter au delà de la surface pour, ainsi, aller taper sur la rétine de l’observateur. Émettant, avec d’autres arguments légitimes, un scepticisme sur les résultats de l’étude lancée.
L’autre fait embarrassant est le code lui-même: des Katakanas et des formes géométriques stables. Pour les Katakanas, une pluie numérique Matrix si gênante dans sa similitude avec la création des sœurs Wachowsky, qu’elle frollerait le caricaturale. Même si le code se révèle stable et objectif, il n’est pas moins envisageable qu’il ne soit pas indépendant de son observateur. Les expérienceur.euse.s, voient-ils, tous, exactement le même code au même moment? Andrew rappel que les structures géométriques et les écritures sont choses communes aux explorations psychédéliques.
Un article à parcourir donc, pour sa pertinence, pour la nuance qu’il apporte et, surtout, pour toutes les autres subtilités évoqués par Andrew R. Gallimore qu’il est impossible, ici, d’exhaustivement lister.

En dehors de la question de la DMT, cette expérience invoque, en creux, une théorie encore plus surprenante: Celle que nous vivrions dans une simulation. Concept qui fut mille fois utilisé dans les fictions, par exemple Memoire double, DarkCity, Passé Virtuel, etc… mais qui, depuis peu, voit son fondement scientifique émerger de nouveau avec force.
Synchronicités ou non, alors que je suis plongé à la lecture du best-seller d’Anil Seth sur le sujet, de plus en plus d’articles percutent les rochers de mes sources d’information. Pour le dernier, mis en avant par Thierry Crouzet lors de sa Terrasse30, il est question de la gravité comme preuve de l’existence d’une telle simulation, comme ciment attractif de cette illusion orchestrée, comme conteneur initial d’entropie. Cette même gravité qui courbe le temps. Avec les autres forces fondamentales (Électromagnétisme, Nucléaire, etc.), elle ferait partie de l’expression d’une structure plus subtile, plus centrale.
Derrière toute loi, il y a une volonté et un code. Notre imagination pourrait nous amener à penser qu’en renversant la flèche du temps vers la singularité initiale, traversant le mur de Planck et ses fluctuations de la métrique, nous pourrions découvrir un instant primordial (t=0) purement Euclidien, constitué d’informations inébranlables et originelles. Comme les bits gravés d’un DVD, qui permet le déploiement d’une réalité capturée une fois ce disque lancé dans le lecteur. Ces données éthérées ne seraient ni les lois qui érigent notre univers-bloc, ni ses constantes cosmologiques, ni les causes derrière toutes conséquences, mais bien la racine fondamentale à l’Etre et au non-Etre, à l’existant et à l’inexistant, comme un brin d’ADN, à l’exprimé et au non-transcrit.
Certains, plus joueurs, avanceront que cette matrice informationnelle pourrait se loger à l’horizon d’un trou noir, et que notre [Multi|Uni]vers-bloc enfanté prendrait place en ses tréfonds. Ce trou noir faisant lui-même partie d’un autre [Multi|Uni]vers-bloc, peut-être, également piégé dans un trou noir, lui aussi constituant d’un [Multi|Uni]vers-bloc piégé… et ainsi de suite, comme un insondable jeu de Poupées Russes, une céleste imbrication fractale, un maillage vertigineux et infini. Or, nous n’avons toujours pas répondu à la question: quel est la nature de ce Matrix-Code ? Nous ne le serons peut-être jamais. Mais, nous savons que derrière tout code, il y a un codeur. Renvoyant à l’Architecte de cette titanesque machinerie. Nombreux sont ceux qui n’y verront aucune destinée, juste des mondes, un modèle auto-générés jaillit spontanément du néant, du non-Etre. Posant en creux, les raisons de son émergence ? L’aléatoire ?
Contrairement à cette voie, nos convictions, plus exotiques, comme évoquées en introduction, nous poussent à envisager une volonté initiatrice, une Conscience Ultime, l’Ein Sof, insaisissable, inconnaissable, existant avant toute manifestation. Cette Conscience, omnisciente et omniprésente, aurait pu laisser son empreinte en toute chose, en toute création et toute expérience. Et finalement, si notre Conscience n’était pas qu’un simple écho à la sienne ? Alors, peut-être, par un puissant jeu de miroirs illusoires, était-ce cela notre réalité ?
mercredi 26. novembre 2025
Nexus - NewsLetter du 26 decembre 2023
Nos premiers pas fouleront une terre dévastée, appelés par les échos poignants d’une nature que nous avons impitoyablement ravagée. Chaque avancée révélera notre folie mortifère, notre hubris que les Yawanawas, ainsi que d’autres ancestraux gardiens de la Forêt, n’ont eu de cesse de nous rappeler:
La destruction de la forêt tropicale, la pollution des rivières, l'extinction de la biodiversité, et ce comportement est la raison pour laquelle le monde est malade. Chaque animal, chaque plante qui disparaît sur Terre est une maladie pour l'homme. [..]
De nombreuses entreprises créent des remèdes, des pilules avec Ayahuasca et d'autres plantes sacrées. Même si leur ingrédient actif peut guérir, ils sont des êtres divins et ils communiquent. Quand nous les avons entre nos mains, nous prions ces plantes, nous demandons la permission pour que le remède puisse venir, afin qu'elles nous pardonnent. Tu fais ça? Non! Tout ce que vous faites est pour le marché, pour votre ego.[..]
Lorsque nous comprenons qu'il est essentiel de se reconnecter, vous comprendrez pourquoi les peuples autochtones ne coupent pas nos forêts, ne mettent pas nos animaux en danger, ne polluent pas nos rivières, parce qu'ils sont tous sacrés. La forêt est mon école, mon laboratoire, mes maîtres sont là, nos musiciens, il y a une grande civilisation divine. Nous sommes les défenseurs de la forêt. Je ne suis pas un militant écologiste: Je suis la forêt, je suis la nature.
Ces vibrants appels, funeste réalité, n’atteignent plus nos cœurs sourds. Ils finissent, tragiquement, par se morceler sur l’écueil de nos sombres sociétés. Ce fléau est intérieur, il est en nous et une de ses plus profondes racines, au de-là de l’aveuglement, de l’inconscience, demeure le déni. Sur les cendres d’un monde qui nous a si longtemps abrité, nous préférons éterniser une frénétique danse macabre qui n’a que pour unique destination notre autolyse, alors que tous ressentons l’impérieuse nécessité d’un changement radical et profond de nos sociétés.

Nous sommes un nombre croissant à vomir cette valse folle, à voir la tragédie dans les courants qu’elle dessine et à constater, tristement, les sombres fondations qu’elle a enfanté: La peur, la violence, un court-termisme inébranlable, une glaçante apathie et un pillage absolu.
Un autre monde est encore possible, il est à notre portée. Ses restructurations pourraient phagocyter l’omniprésente immondice et panser le Vivant ravagé. Un tel model Une telle utopie réclame un prochain article de blog pour en dévoiler tous ses rouages et ses liens. En attendant, le dernier post de Loic Le Meur pourra en être une bonne introduction.
Abordant la terrible question des conflits qui traversent notre globe, il invoqua très justement le principe qui grouille en chacun de nous, et que nous avons tant refoulé: l’Unité, ainsi que son application directe, un gouvernement mondial. Rappelant la mondialisation déjà existante du trafic aérien ou d’internet (et son protocole TCP/IP), Loic évoque sa faisabilité et ses intérêts. L’établissement d’un état mondial, par absorption de toutes les nations en une seule, briserait mécaniquement toute possibilité de guerre inter-nationales ou religieuses. Cette stimulante proposition me pousse à continuer l’exercice de pensée, en imaginant comment celle-ci pourrait prendre forme.
L’envie d’un gouvernement mondial exprimée de la bouche de dirigeants, actuels ou passés, m’a toujours pétrifié. Leur aptitude à diviser, à semer la peur, à détruire méthodiquement les précieuses avancées sociales et les services publics, à noyer la société dans un flot continu de mépris, de mensonges répétés, et de cynisme insoutenable envers ceux qu'ils sont censés guider et protéger, leur surdité face aux voix qui s'élèvent pour résister à leur folie, pour résister à l'hypoxie promise par des forces obscures et des projets mortifères: toutes ces trahisons incarnées ont façonné nos sociétés délitées et pourraient très bien donner naissance à un ordre mondial totalitaire.
Un gouvernement mondial, un pouvoir si absolu, doit nécessairement émaner d’un degrés de conscience planétaire inégalé. Son essence devra se constituer de sagesse, d’empathie inconditionnelle, d’une clairvoyance dans ses choix. Ses vertus devraient irriguer chaque partie de ce super-organisme. Cette gouvernance ne doit pas représenter le monde, elle doit être le monde. La technique le permettant, son pouvoir doit être décentralisé, participatif et distillé en chaque individu. Ses représentants devront être encadrés par des mécanismes de surveillance inébranlables, de véritables gardiens du bien commun, prévenant toute tentative d'appropriation indue.
L’existant devra, structurellement, se reconfigurer. Partout des espaces d’agoras locales devront s’ériger, d’harmonieux lieux de vies publiques pourront prendre pied et devenir les piliers du social. La sine qua non protection du vivant ne devra pas s’imposer par nécessité, ni par contrainte, mais par conviction, par une prise de conscience et une compassion véritable. L’économie de la mort sera remplacer par celle de la vie. La survie devrait être, inconditionnellement, assuré à chaque individu (revenu de base, logement, accès au numérique, etc). En une telle société, le travail sur soi demeurera central, les outils de développement personnel, de thérapie, jusqu’aux retraites ancestrales pourraient non plus être réservés à quelques happyfews, mais être démocratisés et rendu accessible aux plus vulnérables. Voilà mon utopie, une vision que certains jugeront délirante: Un état mondial qui panserait les plaies de notre humanité par la bienveillance et la paix.
Loin de voir ces espoirs pieux prendre vie, certaines lumineuses avancées arrivent aujourd’hui à percer le brouillard de nos esprits torturés, esquissant les premiers pas d'une catharsis possible. L'imaginaire, tout d'abord, s'invite dans notre réalité. Une jeune entreprise française a conçu une réalité de science-fiction en introduisant dans notre quotidien des plantes bioluminescentes. Cette démarche ingénieuse se nourrit de l'essence du biomimétisme, puisant dans la nature ses inspirations les plus profondes. Ainsi, le végétal ne demeure plus une simple ornementation asphyxié par le béton, mais devient une pièce maîtresse de la ville du futur.
Les secousses dans le domaine de l'alimentation végétalienne et de la viande cultivée se font sentir avec une intensité presque explosive. La première détonation retentissante fut la proposition de loi du gouvernement italien visant à bannir la viande cultivée de son territoire, une initiative finalement abandonnée sous la pression d'une évolution capitale aux enjeux cruciaux. Pour les esprits les plus engagés, une plongée dans les méandres des protéines alternatives s'impose, comme en témoigne la vidéo éclairante de la GFI sur la situation actuelle. Bien que l'intervention d'Elliot Swartz sur le développement des différentes lignées cellulaires puisse sembler technique, elle demeure captivante. L'article consacré aux alternatives aux fruits de mer, et toutes les avancées qui les accompagnent, mérite aussi notre attention. Les protéines végétales poursuivent leur amélioration, notamment grâce à leur transformation en microgels, renforçant leur rôle essentiel dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Enfin, il est temps d'explorer le domaine de la conscience. L'Allen Institute, par une analyse minutieuse de la cytoarchitecture, vient d'apporter de précieuses avancées sur la compréhension des principes du néocortex humain. Parallèlement, un consortium d'experts a réussi l'exploit d'esquisser une carte plus complète du cerveau humain, ravivant ainsi l'espoir dans la lutte contre les maladies neurodégénératives. Nous pourrons finir cette courte exploration dans les méandres de la psyché par un excellent article sur le phénomène des voix, plein de nuance et d’éclaircissements.
Biensur, si le temps l’aurait permis nous aurions, aussi, pu aborder comment l’éléctricité pourrait guérir les plaies, comment un ingénieux projet de payphone pourrait se retrouver en nos lieux quotidiens, ou bien comment l’antibiorésistance infléchie l’épidémie de Cholera au Yémen.
Mais ce premier Nexus est suffisamment complet, pour céder sa place à un futur numéro.
En attendant, prenez soin de vous,
Pensées…